Sénégal, pays de la Teranga…

Après un superbe séjour en Côte d’Ivoire chez mon parrain en 2016, il me tardait de refouler le sol de l’Afrique subsaharienne. Il était temps d’aller rendre visite à mon vieil ami Momar le Sénégalais, avec qui j’avais partagé les bancs de la Fac de Géo à Strasbourg au début des années 2000. Lorsque nous étions étudiants, on s’était promis de concrétiser un jour ce projet qui nous tenait à cœur. Momar me parlait beaucoup de son pays et je dois dire que ça me faisait rêver. Il était originaire de la banlieue dakaroise, à proximité du célèbre Lac Rose et y a fait sa vie à la fin des études.

A l’époque, nous habitions dans le même quartier, toujours fourrés ensemble et j’ai beaucoup fréquenté l’accueillante et sympathique communauté étudiante sénégalaise de la Cité Weiss grâce à lui. J’ai appris pas mal de chose sur la culture et la gastronomie du pays. Thièbe, mafé, yassa, thiakry m’avaient déjà régalé…

Le Sénégal est un pays d’Afrique de l’Ouest ouvert sur l’Océan Atlantique ayant des frontières communes avec la Mauritanie au Nord, le Mali à l’Est, la Guinée Konakry et la Guinée Bissau au Sud, mais également la Gambie qui constitue une étrange enclave au sein du pays, fruit de la colonisation européenne…

Si le climat est désertique au nord, il devient tropical sec au Sud. La situation politique est l’une des plus stables d’Afrique et le réseau routier s’est largement développé au cour des dernières années, reflet du dynamisme économique sénégalais. Un petit roadtrip s’impose donc pour découvrir une partie des trésors du pays ! Après quelques échanges avec Momar, le programme est ficelé. Sénégal, pays de la Teranga (hospitalité à la sénégalaise) nous voilà !

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Lac rose

Ca y est, nous y sommes. Le voyage a été pénible et nous n’avons pas nos valises, restés à notre escale stambouliote mais nous sommes tellement heureux d’être arrivés à bon port ! Momar nous récupère à l’aéroport et on file chez lui dans le 4X4 qu’il a loué à un de ses amis et avec lequel nous écumerons les routes du pays. Un bon plat de Fatou, sa femme accompagné d’un exquis jus de ditakh nous redonnent des forces et on refait le monde avant de tomber de sommeil.

Dakar

Le jour se lève et aujourd’hui nous partons à l’assaut de Dakar mais avant cela Momar nous conduit au Lac Retba, également appelé Lac rose en raison de la teinte rose orangée que lui donne les cyanobactéries sous l’effet de l’extrême salinité de l’eau et du rayonnement solaire. Malheureusement, nous arriverons un peu tôt et la couleur n’est pas encore franche. Le lac, peu profond, est situé à quelques centaines de mètres de l’Atlantique et entourés de dunes. On y aperçoit encore des hommes et des femmes qui, au fruit d’un dur labeur, récoltent le sel en délitant des plaques au fond du lac.

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Dakar

En arrivant dans la Capitale, nous réservons nos billets pour une petite croisière en direction de l’Ile de Gorée. Ça nous laisse un peu de temps pour prendre l’ambiance de la ville et aller faire quelques achats au Marché Kermel, qui dispose d’un superbe porche aux influences orientales.

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Monument de la Renaissance Africaine

Petit tour aux Mamelles, les collines volcaniques coniques qui surplombent la capitale sénégalaise en bord de mer. Sur l’une d’entre elle, se dresse fièrement le Monument de la Renaissance Africaine. Cette statue monumentale de 52 mètres de haut (une fois et demie la Statue de la Liberté), présente un couple et leur enfant regardant fièrement vers le ciel. Inaugurée en 2010, elle marque les 50 ans d’indépendance du pays. Le panorama depuis le sommet de la colline est à couper le souffle.

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Mosquée de la Divinité

Situé en contrebas de la colline du Monument de la Renaissance Africaine, la Mosquée de la Divinité, se dresse fièrement face à l’Océan sur la plage de Ouakam. Construite par la communauté lébou, elle constitue également un des symboles de la Capitale sénégalaise. Une centaine de pirogues traditionnelles aux couleurs vives sont soigneusement parquées sur le front de mer devant la pêcherie.

Ile de Gorée

On ne le sait pas encore, mais le clou du spectacle de notre première journée sénégalaise est devant nous ! Nous embarquons pour la tristement célèbre île de Gorée. C’est un lieu symbole de la mémoire de la Traite Négrière. On se devait d’y faire un saut pour le devoir de mémoire !

La balade est agréable et on discerne de mieux en mieux le contour des fortifications qui la ceinturent. Respectivement portugaise, hollandaise puis française elle a su conserver ces différentes influences architecturales. Maisons colorées, fleurs de bougainvilliers, pirogues, baobabs et attitudes lascives de ses habitants aux boubous en wax constituent les ingrédients d’un exquis tableau.

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Après avoir pris le temps de savourer son ambiance bucolique, on se dirige vers la Maisons des Esclaves qui nous glacera les os. Cette maison, patrimoine d’un passé sombre, témoigne de trois siècles de commerce d’esclaves par les Européens. On y pénètre et aperçoit une classe écoutant attentivement les récits historiques de leur professeur. L’escalier à deux flèches est particulièrement imposant. On découvre les cellules dans lesquelles de nombreuses personnes ont du souffrir et perdre la vie entassées, avant de franchir la porte du voyage sans retour s’ouvrant sur l’Océan. L’ambiance est lourde et le poids de l’Histoire et de la stupidité des hommes nous percute de plein fouet.

On poursuit notre visite dans les rues de la cité au charme suranné avant d’atteindre le sommet de l’île pour un dernier point de vue panoramique en compagnie des chèvres.

Kayar

Avant de partir en direction de la Petite Côte vers le Sud, Momar souhaite nous faire découvrir Kayar, une des plus importantes pêcheries du Sénégal. Le spectacle est saisissant, des embarcations traditionnelles aux couleurs bariolées entassées à perte de vue, des pêcheurs qui prennent le large en affrontant la houle comme un seul homme…

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Toubab Dialo

Ca y est on quitte la métropole sénégalaise pour la Petite Côte et ses stations balnéaires.

Petite Côte

Première étape à Toubab Dialo pour déjeuner et tremper nos pieds dans l’Océan. Momar connait bien la localité et nous mène directement chez Nabou, un restau de plage sympa où il avait ses habitudes pendant l’écriture de sa thèse. Et on le comprend, le cadre est idyllique, l’ambiance décontractée et la nourriture excellente ! Une étape de choix dans ce village de pêcheurs principalement lébou.

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Réserve de Bandia

On quitte notre apaisante plage pour rejoindre la petite Réserve Naturelle de Bandia à quelques kilomètres de là. Cette réserve est privée et entièrement clôturée. Nous arrivons à l’entrée et recrutons un guide pour nous faire découvrir les lieux au volant de notre 4X4. Destination familiale par excellence, la réserve est bien entretenue. A chaque coup de volant, on tombe nez à nez avec des autruches, phacochères, antilopes, gazelles, buffles, élans de Derby, singes verts, calaos et rolliers à ventre bleu. Certaines espèces y ont également été délibérément (ré)introduites comme les girafes, les zèbres, les rhinocéros et les crocodiles. Nous sommes juste émerveillés par la beauté de ces animaux sauvages dans ces paysages de savanes africaines ! Une telle concentration de mammifères ne serait juste pas envisageable dans une réserve naturelle sans clôture, ce qui convient particulièrement bien aux aventuriers en herbe que nous sommes.

Joal-Fadiouth

Nous arrivons à Saly-Portudal et profitons d’un peu de repos bien mérité autour de la piscine de notre petit hôtel familial situé à l’écart de la station balnéaire. Nous y logerons deux jour pour rayonner vers Joal-Fadiouth et la Réserve du Sine-Saloum. On ne le regrettera pas !

Ça y est c’est parti, nous prenons la route pour le Sud et gagnons le village de Joal pour le déjeuner. Léopold SENGHOR, poète érudit et président de la République Sénégalaise pendant deux décennies y a vu le jour. Humaniste et francophile, il est aussi célèbre pour avoir approfondi le concept de négritude introduit par Aimé CESAIRE. SENGHOR affirme alors que « la négritude, c’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs. Je dis que c’est là une réalité : un nœud de réalités ».

Après un bon yassa poisson, nous rejoignons notre guide sérère qui nous apportera quelques clés de lecture pour une bonne compréhension de la vie et de l’histoire locale. Joal-Fadiouth est en fait la réunion des villages de Joal et Fadiouth, une île artificielle constituée d’amoncellements de coquillages blancs, résidus de pêche. Fadiouth est reliée au continent par deux ponts, l’un vers Joal et l’autre vers son cimetière mixte, témoin de la tolérance sénégalaise. Je ne suis pas un grand fan des visites de cimetière, mais il faut bien dire que celui-ci est atypique et offre une superbe vue sur l’île et la mangrove environnante. Le craquement des coquillages sous le poids de chacun de nos pas est une expérience à part entière !

Joal-Fadiouth a la particularité d’être très majoritairement catholique, contrairement au reste du pays largement musulman. On croisera ainsi de nombreuses familles de porcs en semi-liberté sur l’île et ses plages, scène plutôt inédite depuis notre arrivée. Le village a beaucoup de cachet et les étales sont nombreux. Ici et là, des commerçantes vendent du couscous, du poisson et l’or odorant de Fadiouth, le yet, mollusque séché, incontournable ingrédient du succulent thiébou dieune.

Baobab géant

Le sol est très calcaire et la forte présence de baobabs en témoigne. Avant de repartir en direction de Saly, nous allons observer ce qui passe pour être l’un des plus gros spécimens du monde situé à quelques kilomètres. Il mesure pas moins de 32 mètres de diamètre et on peut même entrer dedans ! Il est juste gigantesque ! On a même l’occasion de déguster l’un de ses fruits, le pain de singe au goût acidulé, qui a des vertus antidiarrhéiques et que le guide nommera poétiquement « stop caca » hahaha !

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Réserve du Delta du Saloum

Dernière escapade avant le départ vers le Grand Sud ! Aujourd’hui on va jouer les ornithologues en herbe dans les mangroves du Sine Saloum. Une partie de la région est protégée au sein de la Réserve Naturelle du Delta du Saloum, vaste de près de 76 000 hectares, deuxième du pays en superficie. On embarque sur une pirogue pour découvrir la faune et la flore de ces milieux naturels particuliers. Mangroves, bolongs et tannes s’offrent à nous. Je découvre avec plaisir de nombreux courlis, espèce quasi éteinte dans la plaine rhénane alsacienne. La balade en bateau est vraiment agréable sous ce soleil écrasant.

On débarque sur l’île de Mar Lodj pour une balade en charrette au pas du cheval. Le vent nous a quitté et la chaleur se fait sentir. Le paysage de l’île s’apparente davantage à la savane. La place principale du village présente un intriguant enchevêtrement d’arbres sacrés (rônier, fromager et caïlcédrat) représentant l’unité des trois religions de l’île que sont l’islam, le christianisme et l’animisme. Encore une belle preuve de tolérance.

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Ziguinchor et la Casamance

Cap au Sud et à l’aventure, on quitte les sentiers touristiques pour rejoindre la Casamance en passant par la Gambie. Cet état enclavé situé le long du fleuve du même nom, constituait une véritable barrière terrestre pour rejoindre la Casamance depuis Dakar. Mais nous avons la chance d’emprunter le très attendu Pont Sénégambie inauguré quelques mois avant notre venue. Le passage de frontière est assez désagréable et nous n’échappons pas à un petit bakchich pour les douaniers. On quitte rapidement les lieux et on entre enfin dans le grenier à céréales du pays. La végétation est bien plus exubérante qu’au Nord. Rizières, forêts tropicales sèches et fleuves s’enchaînent.

Casamance

La région est encore militarisée car les tensions séparatistes, aujourd’hui apaisées, ne sont pas rares. L’exploitation illégale des forêts de bois précieux est également au centre des préoccupations des locaux à juste titre.

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Après un passage à Bignone pour récupérer de précieux concentrés de jus de ditakh, bouye et gingembre dans la coopérative locale, on arrive enfin à Ziguinchor pour un bon déjeuner réparateur au bord du fleuve Casamance. La voiture est fatiguée et nous aussi. On profite du calme de la piscine dans ce décor enchanteur.

Avant de partir, le 4X4 montre des signes de fatigue et ne veux plus démarrer. Des jeunes mécanos nous donnent un coup de main et la voiture est opérationnelle en une petite demie-heure ! Le système D à la sénégalaise est d’une efficacité redoutable ! On parcourt encore quelques kilomètres pour rejoindre notre campement villageois à Oussouye proche de la côte atlantique.

Après une bonne nuit de repos, on décide de visiter les alentours à vélo avec un guide du cru. La balade est agréable et nous change de la voiture. On s’arrête chez un producteur de noix de cajou qui nous montre ses plantations d’anacardiers. Les fruits, qui nous sont totalement inconnus, sont composés d’une pomme charnue à la couleur orangée et d’une noix. La pomme cajou est légèrement acidulée et son jus est délicieux et rare. La noix de cajou se mérite par contre. Sa coque est difficile à ouvrir et contient une pellicule noire grasse particulièrement toxique. Pour la déguster, il faut faire preuve de patience et maîtriser l’art d’une cuisson parfaite.

On poursuit nos pérégrinations dans cette forêt tropicale sèche et la taille des fromagers aux racines gigantesques nous impressionnent ! Ces arbres sont vraiment magnifiques et si différents des nôtres. Nous sommes en pays Diola et le guide nous donne quelques explications sur la religion traditionnelle animiste, ses croyances, rites et sacrifices. Les Diolas sont connus depuis longtemps pour être des bâtisseurs hors pair, comme en témoigne la case à étage de Mlomp.

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Cap Skirring

Après la découverte de l’arrière-pays, on a bien envie de faire trempette dans l’Atlantique. Cap Skirring est la station balnéaire prisée du Sénégal. Doté des plus belles plages d’Afrique de l’Ouest et lieu de villégiature privilégié des expatriés français dans les années soixante, le village de pêcheur s’est développé et accueille le Club Med Cap Skirring, resort intégré à la renommée internationale. Davantage attirés par une nature sauvage, on choisit la plage de Boucotte, bien plus tranquille, située légèrement au Nord de la localité. L’après-midi s’achève et on rejoint le village de pêcheurs pour profiter d’un extraordinaire coucher de soleil à la lumière d’or. Moment inoubliable ! Que la Casamance est belle et on en profiterait bien davantage mais la route du Sénégal Oriental nous appelle !

Parc National du Niokolo Koba

Après toutes ces étapes relativement classiques lors d’un périple sénégalais, il nous tarde de sortir des sentiers battus et explorer le Sénégal Oriental, probablement une des régions les plus authentiques du pays, peuplée par les ethnies traditionnelles bédik, bassari et peul.

Sénégal Oriental

Ce n’était pas prévu, mais le timing joue en notre faveur et après quelques heures de route matinale aux côtés des énormes camions maliens sans scrupule, nous passons juste devant le Parc National du Niokolo Koba. L’occasion est trop belle et après une superbe visite de la Réserve de Bandia avec ses animaux en semi-liberté, on a envie de voir à quoi ressemble un Parc National en Afrique. Situé dans une zone bien irriguée, le long des rives du fleuve Gambie, les forêts et savanes du Niokolo Koba abritent une faune d’une grande richesse : élan de Derby, chimpanzé, lion, léopard, éléphant, babouin, hippopotame, bucorve d’Abyssinie. Ici, les animaux sont en totale liberté et évidemment bien plus difficiles à observer. Nous ne disposons que de quelques heures mais le spectacle est déjà au rendez-vous, les paysages sont splendides. Voir les hippopotames évoluer dans le fleuve est un régal pour les yeux, de même que la vie autour des marais quasi à sec, lieu de rendez-vous de nombreux oiseaux et mammifères herbivores.

Une ombre de taille au tableau malgré tout, les moyens pour protéger le parc sont faibles. Le Parc reste difficile d’accès depuis la capitale et le braconnage y est important. Certains animaux emblématiques y sont clairement menacés d’extinction (lion, éléphant, léopard…). Sur la route, nous assisterons à plusieurs incendies de savane, technique classique des braconniers pour débusquer leurs précieux butins…

Kédougou

La route asphaltée, qui nous a accompagné jusque là, laisse place à une piste en latérite et sa couleur orangée caractéristique. Ça sent la liberté et l’aventure. Momar m’apprend également que nous nous dirigeons vers Kédougou, ville proche de la frontière malienne et guinéenne, convoitée pour ses filons de pierres précieuses et métaux précieux !

Après une route harassante, on prends nos quartiers dans un superbe hôtel et sa piscine nous offre une relaxation bien méritée. Kédougou sera notre base pour rayonner dans le secteur. Nous ne sommes pas là pour braconner ou chercher de l’or mais bien pour partir à la rencontre des minorités ethniques vivant dans la région et s’émerveiller devant la plus haute cascade du pays !

C’est décidé, on monte dans notre 4X4 en direction de Bandafassi, puis Ibel, petit village peul. Nous y rencontrons un jeune homme sympathique qui sait pourquoi nous sommes dans son village. Ibel, situé dans la plaine de Bandafassi est le point de départ d’une randonnée pour le village Bédik d’Iwol, situé sur un mont. Nous avons donc notre guide et partons avec lui sur le sentier, pendant que sa femme nous prépare un tièbe au poulet que nous apprécierons au retour. Mais avant l’ascension, il nous faut nous procurer noix de kola, savons et bonbons que nous offrirons aux villageois en guise de présents. La montée est ardue sous ce soleil écrasant et les 40°C prévu ce jour ! Nous gravissons enfin le mont et observons la plaine depuis de superbes rochers en apesanteur. Le village d’Iwol s’offre à nous. Aucune route digne de ce nom n’y mène et le village est encore bien préservé du monde moderne. Les cases en torchis et aux toits de chaume nous appellent. On rencontre le chef du village, qui nous accueille sur la place principale, entouré d’un nombre incalculable d’enfants au grand sourire, intrigués par notre venue. On s’installe à l’ombre et procédons à la remise de nos offrandes. Les noix de kola constituent une friandise de premier choix pour les adultes, le savon est le bienvenu pour toute la famille et les bonbons font le bonheur des enfants.

On a l’impression d’être dans l’émission « Rendez-vous en terre inconnue » que nous apprécions. Le chef Kéïta, véritable sage et mémoire de sa tribu, nous explique les origines, us et coutumes de son peuple. L’ethnie Bédik est une population originaire de l’Empire Mangingue, c’est-à-dire du Mali. Ils se sont installés au sommet de la montagne Mbaniangue pour se protéger des assauts répétés d’Alpha Yaya, chef guerrier de Guinée Konakry, mais également fuir la colonisation peule et l’islam. Les Bédiks sont animistes et catholiques. Autrefois, chasseurs et cueilleurs, ils sont aujourd’hui principalement agriculteurs mais souffrent de la raréfaction de l’eau, ce qui pousse les plus jeunes à tenter leur chance en ville en quête de confort et de travail. Le chef coutumier nous avoue qu’il a peur de l’avenir et du développement des routes qui facilitent les déplacements et désenclavent son village, risquant ainsi la disparition de leurs modes de vie et traditions. Nous poursuivons la visite de cet attachant village où les habitants vivent en harmonie avec la nature en toute simplicité. Dernières salutations à nos hôtes avant de redescendre vers Ibel et casser la croûte à l’ombre. Cette rencontre nous a beaucoup ému.

Cascade de Dindéfélo

On reprend la route en direction de la frontière guinéenne par une route totalement défoncée. On se demande à chaque kilomètres si nous arriverons à bon port. Mais le 4X4 tient bon ! Nous rejoignons les hauts-plateaux du Fouta Djalon, château d’eau de l’Afrique de l’Ouest où les fleuves Sénégal et Gambie notamment trouvent leurs sources. La région abrite également les dernières colonies de chimpanzés sauvages du Sénégal que l’on peut apercevoir avec les guides locaux.

Nous nous contenterons de chercher la fraîcheur de la Cascade de Dindéfélo. Hautes de plus de 100 mètres, ces chutes d’eau sont les plus spectaculaires du pays. La balade est agréables à l’ombre d’une forêt dense. Les villageois viennent profiter du cours d’eau pour laver leur linge. On avance encore et les parois du canyon se resserrent. Nous arrivons nez à nez devant un véritable mur de gré, sur lequel ruisselle un filet d’eau. Nous sommes en saison sèche et la cascade à un débit faible mais l’endroit est superbe. Une classe d’enfants de Kédougou est également présente sur les lieux. Nous échangeons avec eux dans la bonne humeur. Une petite baignade improvisée est de mise.

La réserve de Dindéfélo recèle encore beaucoup de pépites mais le temps est compté. Il nous faut rejoindre Kédougou pour un peu de repos. La route pour le Nord nous attend. Prochaine et dernière étape : Touba, territoire sacré de la puissante Communauté Mouride.

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Touba

Ça y est, on entame le retour vers Dakar et la route promet d’être longue. On retrouve les infernaux camions maliens et il faut dire qu’ils ne nous avaient pas manqué ! On passe par Tambacounda, ville la plus chaude du Sénégal, puis Kaffrine où on emprunte une route secondaire en direction de Touba, puisque nous avons bien géré notre timing et qu’il nous reste assez de temps pour une brève visite.

Touba est situé à environ 200 kilomètres à l’Est de la capitale et s’avère être la deuxième ville la plus peuplée du pays. Touba est une ville sainte, capitale de la Confrérie musulmane des Mouride, fondée au 19ème siècle par le cheikh Amadou Bamba, lui-même fondateur du mouridisme. La ville dispose d’un statut particulier, d’une police particulière et d’un règlement basé sur la charia, véritable Etat dans l’Etat.

De nombreux fidèles de la communauté vivent une bonne partie de l’année à l’étranger et sont souvent commerçants et vendeurs de souvenirs dans les régions touristiques européennes. Ils participent activement à l’essor de la ville en envoyant régulièrement une partie de leurs revenus. La confrérie mouride possède une influence forte sur la vie politique du Sénégal.

On arrive devant l’imposante Mosquée en construction perpétuelle. Débutés en 1926, les travaux perdurent encore. Les plus grands artisans du Maghreb sont à l’oeuvre et nous découvrons ses splendides intérieurs aux influences mauresques. Cette visite marque la fin de notre épopée sénégalaise et nous empruntons la très récente autoroute en direction de la Capitale où nous attendent enfin nos bagages !

Touba

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Ce voyage, quoique bref a été une véritable aventure. Chaque étape nous a émerveillé et nous avons adoré le peuple sénégalais, sa simplicité et son sens de l’hospitalité. Faire ce voyage avec mon vieil ami a été un véritable honneur et je suis tellement heureux d’avoir pu rencontrer sa famille. Le Sénégal, c’est l’Afrique facile dans le bon sens du terme ! Ce roadtrip s’est passé sans encombre même dans les coins les plus reculés. Lorsque notre 4X4 montrait des signes de fatigue, une solution système D s’offrait toujours à nous.

J’ai pris quelques contacts pour tenter d’y vivre quelques mois dans le cadre d’une mission de développement touristique en Casamance mais sans succès. Dommage, cela m’aurait bien tenté.  Peut-être que nos chemins se recroiseront ! Inch Allah…

 

 

Madère, le jardin de l’Atlantique…

Coincé entre le littoral Marocain à l’Est, les îles Canaries au Sud et les Acores à l’Ouest, l’archipel de Madère est une région autonome portugaise en plein Océan Atlantique, située à quasiment 1 000 kilomètres de Lisbonne.

Caractérisée par un climat océanique subtropical, la végétation y est luxuriante et les températures clémentes toute l’année. D’origine volcanique, l’île présente un relief particulièrement découpé.

Découverte par les Carthaginois et les Vikings, ce sera finalement les Portugais qui la coloniseront voilà plus de 600 ans. L’île, avec ses terres fertiles et son eau en abondance se révélera être une escale de choix sur les routes commerciales maritimes vers l’Afrique et l’Amérique. 

A leur arrivée, les colons du Nord du Portugal durent brûler les denses forêts sur la côte sud de l’île pour y développer les plantations. Ils amenèrent avec eux leur culture mais également leurs vignes pour produire le célèbre Vin liquoreux de Madère. Des expériences concluantes furent également rapidement entreprises pour cultiver la canne à sucre tant convoitée à l’époque.

Aujourd’hui, lorsqu’on évoque Madère, on l’associe au vin de Madère évidemment, à Cristiano Ronaldo, le célèbre et talentueux joueur de football fier de ses origines insulaires, mais également au tourisme. En effet, dotée de somptueux jardins, de spectaculaires sentiers de randonnées et d’une gastronomie qui lui est propre, l’île dispose de nombreux atouts à ce titre !

Cap sur Madère, l’île jardin au cœur de l’Atlantique !

Madère

Funchal

Arrivée par avion, on se demande encore comment les pilotes parviennent à atterrir sur cette courte piste faisant face à des vents violents et pour partie construite sur l’emprise de l’Océan ! L’aéroport de Madère fait effectivement partie des dix plus dangereux du Monde

Ouf, nous voilà à Funchal, ville principale de l’île qui totalise près de 100 000 âmes. Funchal, vient du mot funcho en portugais qui désigne le fenouil. En effet, lors de l’arrivée des colons au XVème siècle, du fenouil sauvage poussait en abondance à l’emplacement de la ville actuelle.

Après avoir gagné notre élégante chambre d’hôte, nous n’avons qu’une envie, flâner dans ses rues pour nous imprégner de son ambiance si particulière. On est littéralement impressionnés par le relief escarpé et les innombrables maisons accrochées sur ses coteaux abrupts.

Pour commencer, rien de mieux qu’un tour au Mercado dos Lavradores – marché couvert principal de l’île – qui s’avère particulièrement coloré. On pénètre d’abord dans le Marché aux poissons. On y trouve notamment le très prisé Sabre noir, poisson local tout en longueur à la tête tout droit sortie d’un film d’horreur. Il est cuisiné de multiples façons mais on le trouve souvent cuisiné avec des maracujas (fruits de la passion), des bananes de Madère et des patates douces. Puis, nous découvrons les fruits et légumes et plusieurs stands aux couleurs éclatantes attirent notre attention. La majorité de ces derniers sont des fruits hybrides et sont importés mais ça attise quand même notre curiosité. On apprendra par exemple que l’un d’entre eux est un croisement entre un fruit de la passion et une tomate…

On se dirige tranquillement vers le bord de l’Océan pour prendre un pot. Sur notre chemin, on découvre plusieurs jardins publics parfaitement entretenus et le magnifique Palais de Sao Lourenco. On s’installe et on déguste notre poncha, cocktail traditionnel local à base de rhum, de citron, orange et fruits de la passion. Avec ces fruits exotiques, cette végétation luxuriante et ces maisons à flancs de montagne, on se croirait presque quelque part aux Caraïbes ou en Amérique Centrale…

Jardim botanico de Funchal

On grimpe dans le télécabine pour rejoindre les hauteurs de la ville et partir à l’assaut de deux fameux jardins exotiques de Funchal. La vue sur la baie et les quartiers résidentiels typiques est grandiose. On commence par gagner l’entrée du Jardim botanico, le jardin botanique de la ville. Aménagé sur plusieurs niveaux, il  réunit les principaux spécimens de la flore madérienne et bien plus avec ses 2 000 plantes exotiques. La partie consacrée aux cactus et le parterre à la française aux formes géométriques multicolores sont un régal pour les yeux, sans parler du panorama depuis la grotte des amoureux !

Jardim tropical de Monte Palace

On enchaîne avec le plus spectaculaire des jardins de l’île. Il s’agit du célèbre jardin tropical de Monte Palace. Déployé sur 7 hectares, il rassemble 10 000 espèces issues des cinq continents. On a l’impression par endroit d’être en pleine jungle. Le jardin japonisant est tout à fait insolite en ce lieu mais apporte beaucoup de cachet au site !

Au milieu du jardin trône le majestueux Quinta Monte Palace, édifié au début du XXème siècle par un riche négociant qui s’est inspiré des châteaux du bord du Rhin qu’il découvrit lors d’un voyage en Allemagne. Il servait d’hôtel jusqu’en 1940. Le petit étang doté d’une cascade artificielle à l’arrière de cette demeure cossue est particulièrement agréable et nous apporte un peu de fraîcheur après toutes ces pérégrinations.

Camara de Lobos

On quitte Funchal pour le petit port de pêche de Camara de Lobos, situé à une dizaine de kilomètre de là. Lové entre mer et montagne, le site est plein de charme. Les traditionnels filets de morues sèchent au soleil sur les embarcations à quai. La petite ville est dotée d’une promenade en front de mer particulièrement agréable offrant un point de vue de choix sur le monumental Cap Girao, notre prochaine étape !

Cabo Girao

On reprend notre petite voiture qui crie en affrontant les routes en lacets qui n’en finissent plus. Le Cabo Girao se mérite. Il s’agit du plus haut Cap d’Europe avec ses 580 mètres d’altitude ! Sensation garantie sur le skywalk, promontoire en verre qui offre une vue imprenable sur Camara de Lobos, Funchal et surtout les presque 600 mètres de vide sous nos pieds ! Personnes sujettes au vertige, passez votre chemin…

Curral das feiras

C’est parti pour une nouvelle ascension en direction de Curral das feiras, littéralement la Vallée des Nonnes. Les routes sont en extrêmement bon état, et il s’agit là de véritables prouesses techniques au vu du relief accidenté. Les tunnels se succèdent et on arrive à destination. Notre prochain hôtel doté d’un petit spa est situé là, à proximité du promontoire de l’eira do Serrado, à plus de 1 000 mètres d’altitude.

Le belvédère offre probablement l’une des vues les plus spectaculaires qu’il m’ait été donné de voir. C’est grandiose ! Le village de Curral das feiras, ceinturé par les montagnes du Massif Central de Madère, semble sorti tout droit d’un film fantastique.

Particulièrement enclavée, la vallée est appelée ainsi car les nonnes du couvent Funchal s’y sont réfugiées et établies suite à l’attaque de corsaires français au XVIème siècle.

Pico do Arieiro et Pico Ruivo : le toit de Madère

Madère c’est un véritable paradis pour les randonneurs et on compte bien tenter l’expérience ! Après avoir étudié de près les possibilités, on choisit sans trop de difficultés la plus alpine des balades. On s’embarque pour une randonnée physique reliant les plus hauts pics de l’île : la liaison Pico Arieiro – Pico Ruivo. On arrive tôt car on sait que les nuages risquent de s’inviter et les points de vues risquent d’être totalement bouchés. On se sent seuls au monde car arrivés parmi les premiers courageux. Il est 7h30 et il fait encore bien frais mais le soleil est au beau fixe, même si nous savons que les conditions météo sont extrêmement changeantes ici. Il souffle un puissant vent frais qui nous rappelle que nous sommes sur le toit de Madère à plus de 1800 mètres d’altitude !

Le sentier entièrement sécurisé et pavé est un must de l’île. Les paysages sont époustouflants et si Curral das feiras m’avait impressionné, là c’est encore un cran au-dessus. Aménagé sur des sentiers muletiers il y a une cinquantaine d’année, la randonnée est assez éprouvante mais on s’est préparé. Elle présente un dénivelé de 1300 mètres à la montée et autant à la descente, et ne s’adresse donc pas à tout le monde. Bienvenue dans un décor préhistorique formé de tours rocheuses, de crêtes et de vallées abruptes verdoyantes. 

Waowwww !!!