Turquie : du Château de coton de Pamukkale au Mont sacré de Nemrut…

J’ai déjà eu l’occasion de fouler le sol turc il y a quelques années lors d’un séjour à Istanbul qui m’avait ravi et clairement donné envie d’en voir davantage. Véritable carrefour culturel, trait d’union entre l’Europe et le Moyen-Orient, la Turquie est établie sur deux Continents : l’Europe et l’Asie.

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Bordée par la Grèce et la Bulgarie à l’Ouest côté européen et par la Géorgie, l’Arménie, l’Azerbaïdjan, l’Iran, l’Irak et la Syrie à l’Est côté asiatique, elle est bordée par la Mer Noire, la Mer de Marmara, la Mer Égée et la Mer Méditerranée. Son climat est globalement de type méditerranéen. Elle présente deux principaux Massifs montagneux, la Chaîne Pontique au Nord et le Taurus au Sud. Héritière des civilisations Hittite, Grecque, Romaine, Byzantine, Seldjoukide et Ottomane, son Histoire est riche à souhait et les vestiges archéologiques omniprésents.

Un voyage en Turquie est souvent synonyme de tourisme balnéaire sur la côte turque à Antalya, Bodrum ou Izmir avec des excursions vers certains lieux emblématiques comme Pamukkale, Ephèse ou encore la Cappadoce. L’autre grand classique plus urbain est évidemment la découverte lors d’un week-end prolongé de la fourmillante Istanbul (voir article dédié à la ville aux milles mosquées ici). Mais la Turquie a encore bien plus à offrir lorsqu’on regarde vers le Nord et la Côte de la Mer Noire ou encore vers l’Est et les portes du Moyen-Orient. Et oui, la Turquie ne se limite pas à Istanbul et au kebab, bien au contraire.

Pour ce gros voyage, quoi de mieux que de partir à l’aventure avec mon ami Ahmet, dont la famille est originaire de Konya, capitale spirituelle du pays, et qui est un véritable ambassadeur de son deuxième pays. On décide alors avec Kamal, mon autre ami baroudeur de monter un programme de choc entre grands classiques et pépites moins médiatisées, d’Ouest en Est sur plus de 3 000 kilomètres. Les 10 jours de découvertes s’annoncent intenses mais incroyablement motivants !

Carte Turquie

Fethiye et la Lycie

Je rejoins l’équipe déjà en place depuis quelques jours à Antalya. Nous prenons sur le champ la route en direction de la côte lycienne et en particulier à Fethiye, qui nous a fait rêver avec ses paysages escarpés, sa célèbre plage d’Oludeniz, ses mystérieux tombeaux antiques et son époustouflante Vallée des Papillons.

Après quelques heures de route, nous arrivons enfin. Le relief est assez découpé. La saison touristique bat déjà son plein. On laisse nos affaires à l’hôtel et on part directement jouer les Indiana Jones en herbe en direction des tombeaux Lyciens. Creusés à même la roche au 4ème siècle de notre ère, ces nécropoles sont nombreuses dans la région. Les plus emblématiques dominent fièrement la ville de Fethiye.

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Selon les croyances des Lyciens, après la mort, les âmes des défunts se transformaient en créatures ailées, les tombeaux étaient aménagés en hauteur pour leur permettre de gagner rapidement les cieux éternels. Le plus impressionnant est sans conteste celui construit en mémoire d’Amyntas, aux allures de temple aux colonnes ioniques. La vue sur la baie de Fethiye est splendide !

On finira notre journée par une baignade bien méritée sur la plage d’Oludeniz aux eaux cristallines. Cette plage bien que très belle ne sera pas mon coup de cœur car le moindre centimètre carré est occupé par des transats payants. Business is business…

Ile de Saint-Nicolas

Le lendemain on décide de s’offrir un peu de bon temps et surtout laisser la voiture au garage ! On en profite pour faire une excursion à la journée en bateau, un grand classique au départ de la très touristique Oludeniz !

Après une première baignade rafraichissante dans les eaux turquoises de la baie, le bateau prend le cap pour Gemiler Adasi, l’Ile de Saint-Nicolas. Cette île aurait abrité le tombeau originel du très adulé Saint-Nicolas, déplacé plus tard vers Demre (Myre) à plusieurs dizaines de kilomètres de là.

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Saint-Nicolas, Saint patron des enfants et des navigateurs est encore largement célébré chaque année le 6 décembre dans de nombreux pays européens et notamment en Alsace-Lorraine pour la France où la tradition reste vivace. Sa légende est également à l’origine de l’incontournable Santa Claus (père Noël) importé aux Etats-Unis par les colons hollandais.

L’île qui comporte plusieurs ruines d’églises orthodoxes dégage une certaine atmosphère et les points de vue y sont superbes. Cette île aurait également servie d’escale aux pèlerins en route pour la Terre Sainte de Palestine.

Vallée des Papillons

On embarque à nouveau mais cette fois en direction de la majestueuse Vallée des papillons. L’arrivée dans cette paisible calanque peu accessible est impressionnante. Elle est littéralement flanquée par deux montagnes de 350 à 400 mètres de haut qui la ceinturent.

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Très prisée par les babacools, la plage est moins bondée que celle d’Oludeniz. La vallée est une réserve naturelle qui doit son nom aux centaines de variétés de papillons qui y prolifèrent. Nous n’en verront cependant que quelques rares spécimens.

On part en expédition à la découverte du canyon. Rapidement notre ascension s’avère compliquée car ça s’apparente assez vite à de l’escalade. Arrivé à une petite cascade, on décide de faire demi-tour pour rejoindre notre embarcation. Le point de vue du sommet du Mont Babadag doit être époustouflant. Ce sera pour une prochaine lorsque nous aurons plus de temps et que nous serons mieux équipés !

Ephèse et la Bibliothèque de Celsius

On quitte la côte lycienne pour rejoindre l’une des plus célèbres villes antiques de Turquie : Ephèse située à 300 kilomètres de Fethiye. Découverte à la fin du 19ème siècle, Ephèse est l’une des plus splendides cités hellénistiques et romaines de Méditerranée. Nous avons hâte de nous plonger pleinement dans la Turquie antique ! On choisit de venir pour l’ouverture du site pour deux raisons : éviter la foule et la chaleur par la même occasion.

De nombreux édifices sont dans un état de conservation exceptionnel : maisons, agora, basilique, temples, statues… La majorité des vestiges datent de l’époque romaine même si la cité a été édifiée par les Grecs. A l’époque d’Auguste, Ephèse était la capitale de la Province d’Asie de l’Empire Romain et comptait pas moins de 250 000 âmes.

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Le site est vaste. Plusieurs édifices et aménagements m’impressionnent ici. Tout d’abord, la voie des courètes, artère principale de la ville, pavée de marbres qui présente des alignements de colonnes mais également de nombreuses statues. Elle témoigne de l’âge d’or de la Capitale Romaine. Puis, les vestiges d’une vaste villa romaine en étage nous offre un beau témoignage de ce que pouvait être la vie au sein du quartier résidentiel de la ville. On note la présence de splendides fresques et mosaïques dans un superbe état de conservation. La foule y est d’ailleurs moins nombreuse car l’entrée est en supplément.

Enfin, le clou du spectacle est évidemment la Bibliothèque de Celsius. Edifiée au IIème siècle après J.C. par Julius Aquila à la mémoire de son père, la Bibliothèque abritait jusqu’à 12 000 rouleaux qui furent détruits un siècle plus tard lors d’un incendie. La façade monumentale atteint 8 mètres de hauteur et se développe sur deux étages. Elle est exceptionnelle. Il s’agit là d’une des plus importante bibliothèque du monde antique. Quatre statues ornent le premier étage et représentent les qualités de Celsius : sagesse, science, fortune et vertu.

Pamukkale, le château de coton…

On reprend la route en direction d’une autre grande attraction touristique de Turquie qui me fait rêver depuis si longtemps, j’ai nommé Pamukkale.

Après 200 kilomètres de route nous apercevons au loin une formation blanchâtre intrigante. Pamukkale, littéralement « château de coton » en turc se dresse devant nous. Les vasques calcaires aux eaux bleutées n’attendent que nous ou presque !

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Grosse déception, le site est littéralement envahi par des milliers de visiteurs, ce qui gâche quelque peu l’ambiance sur place. Les touristes chinois sont venus en meutes et ne respectent pas du tout les consignes de circulation, piétinant allégrement les vasques pour leur photos selfies… Enfin, les vasques calcaires que j’attendaient tant, sont complètement asséchées sauf une partie artificielle où se ruent les visiteurs ! En me renseignant davantage, je découvre que la surexploitation touristique du site et l’implantation de nombreux hôtels, détruits et déplacés depuis, ont causés des dommages quasi irréversibles au site. Tristesse ! On prend notre mal en patience et la foule finit par se dissiper au bout de quelques heures, ramenant les excursionnistes vers leurs lieux de villégiature. Soyons clairs, l’effet waow n’est pas du tout au rendez-vous.

J’arrive malgré tout à réaliser quelques clichés sympas. Pamukkale est en réalité une tuffière formée par les eaux chaudes des 17 sources du site. Particulièrement calcaire, l’eau s’assèche et laisse précipiter les minéraux qui se solidifient pour former ses superbes vasques blanches. Rassurez-vous, les vasques ne sont pas toujours vides, cela dépend des précipitations et des saisons. Et pour la foule, préférez y aller en tout début ou fin de journée, ce sera sans doute une toute autre expérience !

Le site est là aussi très vaste et la majeure partie des touristes se concentre sur les bassins artificiels. La balade le long du cheminement en bois le long de la tuffière est agréable. Il mène également à l’inattendue Hiérapolis, cité antique qui jouxte le château de coton. Ici, on respire et les vestiges sont magnifiques ! Avant de partir, on se laisse séduire par le coucher de soleil qui nous réconcilie avec Pamukkale.

Tuz Golu, l’irréel lac salé !

Un périple nous attend puisque nous prenons la route en direction de la fabuleuse Cappadoce, situé à plus de 600 kilomètres à l’Est. On essaie de voir si sur le chemin, une pause sympa est envisageable. On mise le tout pour le tout en faisant une escale à Tuz Golu, « lac de sel«  en turc, en faisant un détour de près de 100 kilomètres. C’est parti !

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Après un succulent sac kavurma (plat traditionnel de riz et d’agneau) qui nous requinque, on sort du restaurant pour faire trempette dans le lac. D’une superficie de 1 600km2, il n’excède pas 2 mètres de profondeur. Ses eaux présentent une extrême salinité. 70% du sel consommé par la population turque est produit ici ! Le décor paraît irréel lorsque nous nous rapprochons des deux chaises posées là en plein milieu du lac ! On immortalise le moment.

Cappadoce aux allures lunaires…

Après une route harassante, on arrive enfin à Göreme en plein cœur de la Cappadoce et on pose ici trois jours nos valises. Ca fait du bien. L’arrivée au sein du Parc National nous émerveille et nous donne l’impression d’évoluer sur Mars. Les formations rocheuses sont totalement loufoques et la ville en est truffée.

La Cappadoce est une région circulaire d’une cinquantaine de kilomètres de diamètre. Elle est le fruit de l’érosion de roches tendres déposées par d’anciens volcans. Il s’agit de tufs volcaniques. Les vallées, formations rocheuses et autres cheminées des fées qui en résultent paraissent irréelles. Les paysages aux couleurs ocres sont spectaculaires !

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De nombreux moines byzantins s’y sont installés entre le 8ème et le 13ème siècle et y ont établis une foultitude d’églises troglodytes aux fresques colorées. Il en subsiste plusieurs centaines dont 150 classées et préservées.

Après une bonne nuit de sommeil et un bon petit déjeuner, on laisse la voiture sur le parking et on décide de partir à pied à l’assaut de la Vallée des Epées. Il faut dire qu’ici la majorité des touristes se déplacent en véhicule motorisé et que la randonnée pédestre n’est que peu pratiquée. Et justement cette vallée, difficile d’accès et longue de plusieurs kilomètres, constitue un terrain de jeu idéal pour nos gambettes en quête de sensations fortes ! On est seuls au monde et on a l’impression de découvrir un monde perdu. On suit le lit quasiment asséché d’un petit cours d’eau et on constate que le canyon qui l’enserre est truffé de petites cavités régulières parfois décorées. Les pigeonniers s’offrent à nous.

Les habitants de cette région particulièrement aride élèvent les pigeons depuis plusieurs siècles. Il récoltent leurs fientes pour l’utiliser comme engrais, ce qui n’est presque plus le cas de nos jours. Quoi qu’il en soit, ces cavités aux formes géométriques confèrent au site une touche mystérieuse lors de cette randonnée où nous étions bien seuls.

La Cappadoce, c’est l’un des joyaux de la Turquie, et si notre première randonnée nous en a mis plein les yeux, on en veux davantage. On tente donc l’expérience d’un tour organisé en bus par une agence locale. Le guide francophone est très sympa et pleins de bonnes anecdotes. Le programme s’annonce alléchant : passage par la Vallée des Pigeonniers, visite de la cité souterraine Derinkuyu, Monastère de Selime et Vallée d’Ilhara…

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On commence par un petit arrêt au-dessus de la Vallée des Pigeonniers avec une vue magistrale sur la cité perchée d’Ortahisar. Les paysages sont toujours aussi spectaculaires que la veille. Un arbre à souhaits attire notre regard. Il est orné de dizaine d’yeux de Fatma (Nazar Boncuk) en verre bleu et protège ainsi du mauvais œil les visiteurs du Parc.

Deuxième étape à Derinkuyu, cité souterraine hittite de 8 étages creusée dans le tuf. Le site est vraiment impressionnant. Claustrophobes s’abstenir. Les galeries sont souvent étroites et la hauteur des plafonds parfois basse. Petite frustration personnelle pour les prises de photos représentatives quasi impossible au vu de la faible lumière et du nombre important de visiteurs !

On poursuit notre route jusqu’au Monastère de Selime. Je n’en avais jamais entendu parler et pourtant, il est monumental ! C’est l’édifice religieux le plus imposant de Cappadoce, taillé directement dans la roche. Il sera convertit plus tard en caravansérail  pour les commerçants parcourant la Route de la Soie. Le cadre est magique et on comprend aisément pourquoi il a servi de décor à la saga Star Wars avant qu’il ne soit délocalisé en Tunisie.

Dernière étape de la journée à Ilhara pour une promenade bucolique dans la Vallée du même nom. Ici la fraîcheur se fait ressentir plus qu’ailleurs grâce au cours d’eau qui s’écoule au creux du canyon. Une nouvelle journée bien remplie qui s’achève.

Beaucoup de touristes viennent tenter l’expérience unique d’un survol de la région en montgolfière. Les équipages sont légions. C’est un vrai business ici. Et chaque place se vend à prix d’or autour de 150€ en fonction de la saison. La majorité des clients lors de notre venue étaient asiatiques.

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Nous n’aurons pas le privilège d’admirer la Cappadoce depuis le ciel mais ce n’est que partie remise. Au lieu de cela, depuis la plateforme panoramique naturelle qui domine Goreme, on se contente du spectacle des ballons se gonflant tranquillement avant de s’envoler  au petit matin. C’est un festival de couleurs et de Chinois hahaha.

Nemrut Dagi, le mont sacré

On quitte l’Anatolie Centrale pour nous enfoncer encore plus à l’Est, loin des principaux flux touristiques. La prochaine étape sera montagneuse. On part à l’ascension du plus haut sommet de la région, le Nemrut Dagi. Ce Mont sacré situé à plus de 2 000 mètres d’altitude abrite un sanctuaire funéraire datant du 1er siècle avant J.-C. 

Ce sanctuaire à ciel ouvert fut érigé sous les ordres d’Antioche 1er, Roi de Commagène, petit royaume prospère à la croisée de l’Orient et de l’Occident sur les bords de l’Euphrate. Il est consacré aux divinités perses et grecques, à son propre culte ainsi qu’à ses ancêtres d’Iran, ce qui lui confère une dimension unique.

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Souvent surnommé « Huitième Merveille du Monde », le sanctuaire est composé d’un tumulus central, entouré de larges terrasses où s’élancent d’immenses statues d’Appolon, de Zeus, d’Héraclès, d’un Lion, d’un Aigle et évidemment Antioche, le principal protagoniste qui en a fait son mausolée.

Nous ne nous y sommes pas trompé, encore un site de toute beauté dégageant une ambiance sans commune mesure. La vue panoramique qu’offre Nemrut Dagi est tout simplement grandiose. Les routes de la région nous offrent des paysages d’une rare beauté et mériteraient que nous y passions bien plus de temps.

SanliUrfa, aux portes de la Syrie…

Les paysages sont de plus en plus arides et on constate sans difficulté que nous sommes désormais bien loin de l’influence occidentale. Les routes sont quasi désertes mais en excellent état. On passe de nombreux villages kurdes avant de rejoindre notre prochaine destination, la plus à l’Est, SanliUrfa (ou plus simplement Urfa), à une cinquantaine de kilomètres de la Syrie et de la tristement célèbre ville kurde de Kobané.

Cette région est avec Adana et GaziAntep (ou plus simplement Antep), une destination prisée des Turcs pour la gastronomie. Et je dois dire que si globalement nous avons bien mangé jusque là, nous nous sommes particulièrement délectés à Urfa et Antep !

Urfa est un véritable melting-pot culturel : kurdes, arabes et turcs constituent les principaux groupes ethniques. La chaleur est écrasante et les visages occidentaux quasi absents. On sent que les touristes viennent plutôt de Turquie et du Moyen-Orient. La ville est belle et bien entretenue. Ce sera mon coup de cœur du séjour et je regrette de ne pas avoir pu pousser jusqu’à Mardin encore plus à l’Est, dont j’ai entendu le plus grand bien, mais comme dans tout voyage, il faut faire des choix.

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On quitte notre hôtel, idéalement situé en plein cœur du centre historique. On s’arrête pour profiter de l’ambiance et on nous sert un succulent café pistache, menengic kahvesi. Spécialité kurde, il est préparé à base de pistaches térébinthe et dégage un parfum délicat. Ce sera avec le sumak (épice violette séchée à la saveur citronnée qui agrémente les salades), l’une des denrées qui feront le voyage retour avec moi en Europe !

Nous filons vers le site emblématique de la ville : Golbasi et le bassin d’Abraham (Ibrahim). En effet, la ville, très ancienne et aussi un lieu de pèlerinage important. Abraham, de passage par Urfa, fit reproche aux habitants d’être polythéistes. Il souhaitait les convertir à la croyance d’un Dieu unique, ce qui provoqua la colère du Roi Assyrien Nimrod. Abraham fut condamné à mort et jeté du haut de la citadelle dans un brasier ardent. C’est alors qu’un miracle se produisit, les buches se transformèrent en carpes et les flammes en eau. Aujourd’hui, le parc Golbasi est une véritable oasis de fraîcheur et de verdure propice à la promenade en famille.

Konya, capitale des derviches tourneurs

Dernière étape de notre périple turc à Konya, capitale spirituelle du pays et ville d’origine d’Ahmet. Après un bref passage à Antep ou nous retrouvons un ami et passons une agréable journée toujours placée sous le signe de la gastronomie, nous arrivons tard à Konya et nous avons une petite fringale. Qu’à cela ne tienne, Ahmet, nous amène nous restaurer chez un ami pour découvrir la spécialité de la ville : le Etli Ekmek. Il s’agit d’une « pizza » à la pate fine toute en longueur garnie de viande, fromage ou épinards. On y ajoute du jus de citron de la salade fraîche et des oignons. Un pur délice !

Pas d’hôtel pour cette étape puisque nous investissons la maison familiale où nous attend déjà son cousin MehmetAli. On se sent à la maison ! La ville est immense et compte plus de 4 millions d’âmes. Nous prenons un peu de bon temps et allons nous relaxer au hammam. Après toute cette route, ca tombe à point nommé !

L’incontournable de la ville est évidemment la Mevlana. Il s’agit d’un musée dédié au poète mystique musulman du 13ème siècle, Mevlana Djalal al-Din Rumi. Fuyant son Afghanistan natale face à l’avancée des Mongols, la famille de Rumi trouva refuge à Konya, capitale d’anciens territoires romains (d’où le nom de Rumi). Fils d’un maître soufie réputé, Rumi voyage d’abord à Alep et Damas où il rencontre le célèbre poète Ibn Arabi, puis s’installe à Konya où il invite différents maîtres du soufisme.

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A sa mort, tous les habitants de la ville, quelque soit leur religion, assistent à son enterrement. Rumi repose dans un sarcophage, chef d’œuvre de l’art seldjoukide. Ses partisans fondent alors l’ordre Mevlevi, plus connu sous le nom de l’Ordre des Derviches Tourneurs. Ses adeptes se perdent dans la danse et la transe, tourbillonnant parfois pendant des heures.

Le complexe présente plusieurs bâtiments remarquables dont le Tekke seldjoukide aux faïences turquoises. Il renferme de nombreux objets d’art islamiques, les tombeaux décorés de ses successeurs et le majestueux sarcophage de Mevlana.

Un final magique avant les derniers achats qui sont synonymes de notre retour en France.

Ce voyage de plus de 3 000 kilomètres au cœur de la Turquie d’Ouest en Est nous a littéralement charmé. Profondément méditerranéenne, la Turquie est également tournée vers la Mer Noire et l’Orient proposant ainsi un melting-pot culturel unique. Il me tarde d’ores et déjà d’explorer encore davantage l’Est du pays dont Mardin, capitale syriaque, Van l’Arménienne et toute la côte verdoyante de la Mer Noire. C’est sûr nous y retournerons !

Je dédie donc cet article à tous mes amis turcs et particulièrement à Ahmet, qui aura été pendant toute la durée de notre séjour, plus précieux que n’importe quel guide touristique !  

Sénégal, pays de la Teranga…

Après un superbe séjour en Côte d’Ivoire chez mon parrain en 2016, il me tardait de refouler le sol de l’Afrique subsaharienne. Il était temps d’aller rendre visite à mon vieil ami Momar le Sénégalais, avec qui j’avais partagé les bancs de la Fac de Géo à Strasbourg au début des années 2000. Lorsque nous étions étudiants, on s’était promis de concrétiser un jour ce projet qui nous tenait à cœur. Momar me parlait beaucoup de son pays et je dois dire que ça me faisait rêver. Il était originaire de la banlieue dakaroise, à proximité du célèbre Lac Rose et y a fait sa vie à la fin des études.

A l’époque, nous habitions dans le même quartier, toujours fourrés ensemble et j’ai beaucoup fréquenté l’accueillante et sympathique communauté étudiante sénégalaise de la Cité Weiss grâce à lui. J’ai appris pas mal de chose sur la culture et la gastronomie du pays. Thièbe, mafé, yassa, thiakry m’avaient déjà régalé…

Le Sénégal est un pays d’Afrique de l’Ouest ouvert sur l’Océan Atlantique ayant des frontières communes avec la Mauritanie au Nord, le Mali à l’Est, la Guinée Konakry et la Guinée Bissau au Sud, mais également la Gambie qui constitue une étrange enclave au sein du pays, fruit de la colonisation européenne…

Si le climat est désertique au nord, il devient tropical sec au Sud. La situation politique est l’une des plus stables d’Afrique et le réseau routier s’est largement développé au cour des dernières années, reflet du dynamisme économique sénégalais. Un petit roadtrip s’impose donc pour découvrir une partie des trésors du pays ! Après quelques échanges avec Momar, le programme est ficelé. Sénégal, pays de la Teranga (hospitalité à la sénégalaise) nous voilà !

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Lac rose

Ca y est, nous y sommes. Le voyage a été pénible et nous n’avons pas nos valises, restés à notre escale stambouliote mais nous sommes tellement heureux d’être arrivés à bon port ! Momar nous récupère à l’aéroport et on file chez lui dans le 4X4 qu’il a loué à un de ses amis et avec lequel nous écumerons les routes du pays. Un bon plat de Fatou, sa femme accompagné d’un exquis jus de ditakh nous redonnent des forces et on refait le monde avant de tomber de sommeil.

Dakar

Le jour se lève et aujourd’hui nous partons à l’assaut de Dakar mais avant cela Momar nous conduit au Lac Retba, également appelé Lac rose en raison de la teinte rose orangée que lui donne les cyanobactéries sous l’effet de l’extrême salinité de l’eau et du rayonnement solaire. Malheureusement, nous arriverons un peu tôt et la couleur n’est pas encore franche. Le lac, peu profond, est situé à quelques centaines de mètres de l’Atlantique et entourés de dunes. On y aperçoit encore des hommes et des femmes qui, au fruit d’un dur labeur, récoltent le sel en délitant des plaques au fond du lac.

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Dakar

En arrivant dans la Capitale, nous réservons nos billets pour une petite croisière en direction de l’Ile de Gorée. Ça nous laisse un peu de temps pour prendre l’ambiance de la ville et aller faire quelques achats au Marché Kermel, qui dispose d’un superbe porche aux influences orientales.

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Monument de la Renaissance Africaine

Petit tour aux Mamelles, les collines volcaniques coniques qui surplombent la capitale sénégalaise en bord de mer. Sur l’une d’entre elle, se dresse fièrement le Monument de la Renaissance Africaine. Cette statue monumentale de 52 mètres de haut (une fois et demie la Statue de la Liberté), présente un couple et leur enfant regardant fièrement vers le ciel. Inaugurée en 2010, elle marque les 50 ans d’indépendance du pays. Le panorama depuis le sommet de la colline est à couper le souffle.

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Mosquée de la Divinité

Situé en contrebas de la colline du Monument de la Renaissance Africaine, la Mosquée de la Divinité, se dresse fièrement face à l’Océan sur la plage de Ouakam. Construite par la communauté lébou, elle constitue également un des symboles de la Capitale sénégalaise. Une centaine de pirogues traditionnelles aux couleurs vives sont soigneusement parquées sur le front de mer devant la pêcherie.

Ile de Gorée

On ne le sait pas encore, mais le clou du spectacle de notre première journée sénégalaise est devant nous ! Nous embarquons pour la tristement célèbre île de Gorée. C’est un lieu symbole de la mémoire de la Traite Négrière. On se devait d’y faire un saut pour le devoir de mémoire !

La balade est agréable et on discerne de mieux en mieux le contour des fortifications qui la ceinturent. Respectivement portugaise, hollandaise puis française elle a su conserver ces différentes influences architecturales. Maisons colorées, fleurs de bougainvilliers, pirogues, baobabs et attitudes lascives de ses habitants aux boubous en wax constituent les ingrédients d’un exquis tableau.

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Après avoir pris le temps de savourer son ambiance bucolique, on se dirige vers la Maisons des Esclaves qui nous glacera les os. Cette maison, patrimoine d’un passé sombre, témoigne de trois siècles de commerce d’esclaves par les Européens. On y pénètre et aperçoit une classe écoutant attentivement les récits historiques de leur professeur. L’escalier à deux flèches est particulièrement imposant. On découvre les cellules dans lesquelles de nombreuses personnes ont du souffrir et perdre la vie entassées, avant de franchir la porte du voyage sans retour s’ouvrant sur l’Océan. L’ambiance est lourde et le poids de l’Histoire et de la stupidité des hommes nous percute de plein fouet.

On poursuit notre visite dans les rues de la cité au charme suranné avant d’atteindre le sommet de l’île pour un dernier point de vue panoramique en compagnie des chèvres.

Kayar

Avant de partir en direction de la Petite Côte vers le Sud, Momar souhaite nous faire découvrir Kayar, une des plus importantes pêcheries du Sénégal. Le spectacle est saisissant, des embarcations traditionnelles aux couleurs bariolées entassées à perte de vue, des pêcheurs qui prennent le large en affrontant la houle comme un seul homme…

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Toubab Dialo

Ca y est on quitte la métropole sénégalaise pour la Petite Côte et ses stations balnéaires.

Petite Côte

Première étape à Toubab Dialo pour déjeuner et tremper nos pieds dans l’Océan. Momar connait bien la localité et nous mène directement chez Nabou, un restau de plage sympa où il avait ses habitudes pendant l’écriture de sa thèse. Et on le comprend, le cadre est idyllique, l’ambiance décontractée et la nourriture excellente ! Une étape de choix dans ce village de pêcheurs principalement lébou.

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Réserve de Bandia

On quitte notre apaisante plage pour rejoindre la petite Réserve Naturelle de Bandia à quelques kilomètres de là. Cette réserve est privée et entièrement clôturée. Nous arrivons à l’entrée et recrutons un guide pour nous faire découvrir les lieux au volant de notre 4X4. Destination familiale par excellence, la réserve est bien entretenue. A chaque coup de volant, on tombe nez à nez avec des autruches, phacochères, antilopes, gazelles, buffles, élans de Derby, singes verts, calaos et rolliers à ventre bleu. Certaines espèces y ont également été délibérément (ré)introduites comme les girafes, les zèbres, les rhinocéros et les crocodiles. Nous sommes juste émerveillés par la beauté de ces animaux sauvages dans ces paysages de savanes africaines ! Une telle concentration de mammifères ne serait juste pas envisageable dans une réserve naturelle sans clôture, ce qui convient particulièrement bien aux aventuriers en herbe que nous sommes.

Joal-Fadiouth

Nous arrivons à Saly-Portudal et profitons d’un peu de repos bien mérité autour de la piscine de notre petit hôtel familial situé à l’écart de la station balnéaire. Nous y logerons deux jour pour rayonner vers Joal-Fadiouth et la Réserve du Sine-Saloum. On ne le regrettera pas !

Ça y est c’est parti, nous prenons la route pour le Sud et gagnons le village de Joal pour le déjeuner. Léopold SENGHOR, poète érudit et président de la République Sénégalaise pendant deux décennies y a vu le jour. Humaniste et francophile, il est aussi célèbre pour avoir approfondi le concept de négritude introduit par Aimé CESAIRE. SENGHOR affirme alors que « la négritude, c’est l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, telles qu’elles s’expriment dans la vie, les institutions et les œuvres des Noirs. Je dis que c’est là une réalité : un nœud de réalités ».

Après un bon yassa poisson, nous rejoignons notre guide sérère qui nous apportera quelques clés de lecture pour une bonne compréhension de la vie et de l’histoire locale. Joal-Fadiouth est en fait la réunion des villages de Joal et Fadiouth, une île artificielle constituée d’amoncellements de coquillages blancs, résidus de pêche. Fadiouth est reliée au continent par deux ponts, l’un vers Joal et l’autre vers son cimetière mixte, témoin de la tolérance sénégalaise. Je ne suis pas un grand fan des visites de cimetière, mais il faut bien dire que celui-ci est atypique et offre une superbe vue sur l’île et la mangrove environnante. Le craquement des coquillages sous le poids de chacun de nos pas est une expérience à part entière !

Joal-Fadiouth a la particularité d’être très majoritairement catholique, contrairement au reste du pays largement musulman. On croisera ainsi de nombreuses familles de porcs en semi-liberté sur l’île et ses plages, scène plutôt inédite depuis notre arrivée. Le village a beaucoup de cachet et les étales sont nombreux. Ici et là, des commerçantes vendent du couscous, du poisson et l’or odorant de Fadiouth, le yet, mollusque séché, incontournable ingrédient du succulent thiébou dieune.

Baobab géant

Le sol est très calcaire et la forte présence de baobabs en témoigne. Avant de repartir en direction de Saly, nous allons observer ce qui passe pour être l’un des plus gros spécimens du monde situé à quelques kilomètres. Il mesure pas moins de 32 mètres de diamètre et on peut même entrer dedans ! Il est juste gigantesque ! On a même l’occasion de déguster l’un de ses fruits, le pain de singe au goût acidulé, qui a des vertus antidiarrhéiques et que le guide nommera poétiquement « stop caca » hahaha !

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Réserve du Delta du Saloum

Dernière escapade avant le départ vers le Grand Sud ! Aujourd’hui on va jouer les ornithologues en herbe dans les mangroves du Sine Saloum. Une partie de la région est protégée au sein de la Réserve Naturelle du Delta du Saloum, vaste de près de 76 000 hectares, deuxième du pays en superficie. On embarque sur une pirogue pour découvrir la faune et la flore de ces milieux naturels particuliers. Mangroves, bolongs et tannes s’offrent à nous. Je découvre avec plaisir de nombreux courlis, espèce quasi éteinte dans la plaine rhénane alsacienne. La balade en bateau est vraiment agréable sous ce soleil écrasant.

On débarque sur l’île de Mar Lodj pour une balade en charrette au pas du cheval. Le vent nous a quitté et la chaleur se fait sentir. Le paysage de l’île s’apparente davantage à la savane. La place principale du village présente un intriguant enchevêtrement d’arbres sacrés (rônier, fromager et caïlcédrat) représentant l’unité des trois religions de l’île que sont l’islam, le christianisme et l’animisme. Encore une belle preuve de tolérance.

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Ziguinchor et la Casamance

Cap au Sud et à l’aventure, on quitte les sentiers touristiques pour rejoindre la Casamance en passant par la Gambie. Cet état enclavé situé le long du fleuve du même nom, constituait une véritable barrière terrestre pour rejoindre la Casamance depuis Dakar. Mais nous avons la chance d’emprunter le très attendu Pont Sénégambie inauguré quelques mois avant notre venue. Le passage de frontière est assez désagréable et nous n’échappons pas à un petit bakchich pour les douaniers. On quitte rapidement les lieux et on entre enfin dans le grenier à céréales du pays. La végétation est bien plus exubérante qu’au Nord. Rizières, forêts tropicales sèches et fleuves s’enchaînent.

Casamance

La région est encore militarisée car les tensions séparatistes, aujourd’hui apaisées, ne sont pas rares. L’exploitation illégale des forêts de bois précieux est également au centre des préoccupations des locaux à juste titre.

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Après un passage à Bignone pour récupérer de précieux concentrés de jus de ditakh, bouye et gingembre dans la coopérative locale, on arrive enfin à Ziguinchor pour un bon déjeuner réparateur au bord du fleuve Casamance. La voiture est fatiguée et nous aussi. On profite du calme de la piscine dans ce décor enchanteur.

Avant de partir, le 4X4 montre des signes de fatigue et ne veux plus démarrer. Des jeunes mécanos nous donnent un coup de main et la voiture est opérationnelle en une petite demie-heure ! Le système D à la sénégalaise est d’une efficacité redoutable ! On parcourt encore quelques kilomètres pour rejoindre notre campement villageois à Oussouye proche de la côte atlantique.

Après une bonne nuit de repos, on décide de visiter les alentours à vélo avec un guide du cru. La balade est agréable et nous change de la voiture. On s’arrête chez un producteur de noix de cajou qui nous montre ses plantations d’anacardiers. Les fruits, qui nous sont totalement inconnus, sont composés d’une pomme charnue à la couleur orangée et d’une noix. La pomme cajou est légèrement acidulée et son jus est délicieux et rare. La noix de cajou se mérite par contre. Sa coque est difficile à ouvrir et contient une pellicule noire grasse particulièrement toxique. Pou